Le chemin de Saint-Jacques

Symbole d’une identité culturelle européenne ou stratégie touristique ?

extrait de l’article de Nathalie Cerezales, « Santiago de Compostela, vers une redéfinition patrimoniale du chemin de pèlerinage », Conserveries mémorielles [En ligne], #14 | 2013

« Parallèlement au discours sur les racines chrétiennes de l’Europe, le Conseil de l’Europe développe également l’idée d’une identité européenne autour du pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle. Contrairement à celle de l’Eglise, l’identité n’est pas uniquement bâtie sur les racines religieuses du continent. Elle se fonde sur l’idée qu’il existe un chemin de Saint Jacques de Compostelle dans tous les pays d’Europe et que des milliers de pèlerins européens ont effectué le pèlerinage au travers des âges. Or, l’un des principaux objectifs de l’institution est de « favoriser la prise de conscience et la mise en valeur de l’identité culturelle de l’Europe et de sa diversité ». Pour cela, l’institution crée la notion d’itinéraire culturel, dont le chemin de Saint-Jacques de Compostelle est le premier exemple. La déclaration du 23 octobre 1987, proclamant Saint-Jacques comme premier itinéraire culturel, fait du pèlerinage un garant des valeurs européennes, basées sur une communion religieuse, patrimoniale politique et économique. Il est nécessaire pour le Conseil de l’Europe, dans le but de l’établissement d’une citoyenneté européenne, de créer un sentiment d’appartenance à une même culture. La connaissance du passé et la création d’une mémoire commune renforceraient les liens entre les différents peuples. Or toute construction patrimoniale est associée à un discours identitaire, ce discours étant la manière d’exemplifier l’argument principal de la construction. Ainsi, la nécessité « d’authentifier » une nation européenne passe par une construction patrimoniale, dont l’un des symboles est le chemin de Saint Jacques de Compostelle. En tant que route d’échanges intellectuels, politiques, économiques et lieu de brassage des peuples, le chemin de Compostelle est le témoin d’une vie européenne, avant même que l’Europe ne se construise ; l’idée étant de prouver les précédents de l’existence de cette identité européenne. Elle précéderait même tout projet politique, car elle serait apparue dés le Moyen-âge. Les monuments et la route en sont les principaux témoins, dont les européens peuvent s’enorgueillir, puisque c’est le résultat de la rencontre des peuples. C’est ainsi que le Conseil de l’Europe met en avant l’idée que la mémoire et l’identité européenne passeraient par une redécouverte du continent par ses propres habitants. On peut voir que la construction d’une identité est liée aux intérêts des agents sociaux qui l’élaborent et une stratégie pour légitimer un projet politique. Or, la proclamation du Chemin de Saint-Jacques de Compostelle est non seulement une reconnaissance politique de sa valeur patrimoniale mais est également l’opportunité d’obtenir une couverture médiatique qui rend le chemin populaire et qui facilite le développement d’un tourisme culturel. »

saintjacques